Selon une étude réalisée par l’Unapei en 2023, 23% d’élèves en situation de handicap (enfants, collégiens, lycéens) n’ont aucune heure de cours et 28% ont moins de 6 heures de cours par semaine. C’est vraiment très peu quand on sait qu’un enfant en école primaire (maternelle et élémentaire) bénéficie de 24 heures de classe, et cela peut monter jusqu’à 30 heures en études supérieures (26h minimum pour le collège, 27h minimum pour le lycée).
Certains élèves en situation de handicap ont besoin d’une aide pour suivre les cours : noter les cours, retranscrire les consignes, rassurer l’élève ou l’aider à se concentrer et encore pleins d’autres actions. Ces aides sont dispensées par les AESH : Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap.
Il existe trois types d’Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap : les individuels (AESH-i), les mutualisés (AESH-m) et les collectifs (AESH-co).
Les AESH individuels sont dédiés à l’accompagnement d’un seul élève en particulier. C’est une aide individuelle qui est accordée lorsque l’accompagnement d’un AESH mutualisé n’est pas possible en raison des pathologies de l’élève en situation de handicap. En effet, certains élèves nécessitent une attention totale, ce qui n’est pas le cas de tous. Lorsque plusieurs élèves, qu’ils soient dans une même classe, un même établissement, ou provenant d’établissements différents, ont des besoins d’accompagnement qui ne requièrent pas une attention constante et soutenue, alors un même AESH peut être partagé entre ces différents élèves.
Malheureusement, il y a actuellement un déficit des AESH, ce qui signifie que plusieurs élèves nécessitant une assistance individuelle n’ont pas la possibilité de l’obtenir et sont contraints d’accepter une mutualisation de l’accompagnement avec d’autres élèves ou n’ont alors pas un accès réellement possible en classe.
Enfin, les AESH à titre collectif sont des AESH présents uniquement dans les écoles inclusives : les ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire). Ces classes sont spécialisées et accueillent au maximum 12 élèves en situation de handicap. Les élèves sont inclus dans la vie de l’établissement tout en bénéficiant d’accompagnement spécifique lors des périodes d’apprentissage en classe.
Dans ces écoles, on retrouve plutôt des handicaps invisibles ou des troubles « dys » (dysorthographiques, dyslexiques, etc.).
Pour compenser ce déficit des AESH, le ministère de l’Éducation Nationale prévoit 6 500 recrutements sur l’année scolaire actuelle. Cependant, le recrutement est compliqué car les postes ne sont pas attrayants. D’après les échanges que j’ai pu avoir avec différentes personnes AESH, il y a encore trop de points négatifs à ce métier malgré plusieurs points positifs dont le premier est tout simplement le métier passion.
Nathalie Bassière, AESH, a rédigé un livre à la suite d’un burn out intitulé « Moi, AVS » : . Ce livre est un témoignage personnel qui lui a permis de se relever à la suite d’un burn out. Il apporte de nombreux outils et conseils aux AESH, enseignants et parents touchés, ou non, par le sujet. Nathalie décrit son métier comme étant un métier passion, où elle met tout en œuvre pour les élèves en situation de handicap qu’elle accompagne. Elle les décrit comme étant « des pépites qui ont besoin de briller ». Cette idée est reprise par une autre AESH qui m’a avoué dire aux élèves « J’ai réussi mon travail quand tu ne me vois plus dans ton emploi du temps. ».
Lors de mes échanges avec quelques AESH, j’ai souhaité avoir leurs avis sur les 23% d’ESH qui ne sont pas scolarisés ou mal scolarisés. Tous mes échanges ont convergé vers une même réponse : il y a de nombreux manques à combler.
Tout d’abord, il y un manque de ressources humaines, et particulièrement un manque des AESH. Comme vu précédemment, 6 500 recrutements sont prévus. Cet écart est trop important et implique de fortes contraintes pour les emplois existants. En effet, un trop grand nombre d’accompagnants sont mutualisés par contrainte. Ils ne peuvent donc pas exercer correctement leur travail et allouer le temps nécessaire à chaque élève. Par exemple, la communauté de communes Pays Mornantais recense 74 élèves en situation de handicap qui ne bénéficieront pas de la totalité de leurs heures d’accompagnement : une centaine d’heures de déficit pour ces élèves. Pour contrer cette problématique, et assurer une scolarité plus adéquate aux élèves, cette communauté de communes a donc décidé de former et embaucher des aidants scolaires.
En parallèle, ils expriment également la problématique du manque de personnel sur la pause méridienne. Leur souhait serait d’avoir une personne spécialisée disponible pour accompagner les enfants durant le temps de la restauration scolaire. Une deuxième option peut être de former les AESH car c’est un métier qui demande d’autres notions comme savoir gérer une fausse route pour éviter un étouffement.
Ensuite, la formation adressée aux AESH n’est pas adaptée, elle est trop « superficielle » m’avoue une AESH avec qui je me suis entretenue. Il est important de noter que la formation n’est accessible qu’une fois en poste. Cela pose donc problème pour quelqu’un qui débute dans le métier. Cette formation se fait seul, derrière un bureau, et dure environ 60 heures sur 1 an. D’autres formations peuvent être proposées pour compléter celle-ci mais elles ne sont pas obligatoires. La majorité des personnes avec qui j’ai pu échanger, m’ont affirmé devoir s’auto-former en apprenant sur le terrain, ou en suivant d’autres formations, car chaque élève est différent, chaque handicap est différent. Certains se construisent leurs boîtes à outils selon les pathologies. D’autres s’appuient sur leurs années d’expériences en rassurant les élèves qui manque de confiance « Ils [les autres élèves] vont y arriver avant nous [à faire l’exercice], mais nous, on va y arriver aussi. ».
Les personnes expriment également le manque de moyens, d’outils et de communication, mais également de suivi AESH d’une année scolaire à une autre. Cela entraîne parfois des difficultés à travailler dans de bonnes conditions.
De plus, les informations concernant les emplois du temps, le nombre d’élèves et d’établissement ne sont fournies aux AESH que très tardivement (ex : la veille de la rentrée) et peuvent être modifiées durant les premières semaines de l’année scolaire. Dans certains cas, l’accompagnement des élèves est compliqué car l’AESH manque d’informations qui sont soumises au secret médical. Dans certains cas, une AESH me confirme, après plusieurs dérogations, pouvoir assister à la réunion de pré-rentrée afin d’avoir les informations suffisantes et nécessaires pour la bonne prise en charge de l’élève dès sa rentrée afin de ne pas perdre de temps jusqu’aux vacances de la Toussaint.
On m’ajoute aussi que la relation des AESH avec les enseignants doit être complémentaire et soudée pour l’épanouissement de l’élève. Parfois, il s’avère qu’elle est délicate car les enseignants sont, eux aussi, mal formés au handicap.
Le métier est très énergivore et demande une grande adaptabilité en effet « en une heure de temps, je peux changer entre 1 à 5 fois de méthode d’accompagnement. » m’explique une AESH. En plus de cela, il faut une concentration constante, mais aussi réussir à garder son sang froid et prendre sur soi lorsque certaines situations délicates ou conflictuelles se présentent. Les AESH peuvent demander à ne pas travailler avec certaines pathologies par méconnaissance ou crainte mais leurs demandes ne sont pas nécessairement acceptées même si leurs besoins sont écoutés. Les AESH sont donc parfois contraints de sortir de leur cadre de travail en aidant des élèves qui ne sont pas reconnus en situation de handicap, ou en réalisant des tâches administratives qui ne leurs sont pas incombées habituellement. Pour éviter ces écarts, une fiche missions est à remplir concernant les activités attendues de l’accompagnant. Cela peut donc être très large comme accompagner les élèves dans les actes de la vie quotidienne, mais aussi dans les activités d’apprentissage ou encore dans les activités de la vie sociale et relationnelle.
Enfin, il y a également un manque de reconnaissance sociale et de reconnaissance salariale. Le métier est assez récent car la France a un retard conséquent sur le sujet du handicap et donc de la scolarisation des élèves en situation de handicap. De plus, ce métier est peu attractif d’un point de vue salarial mais aussi social. Le salaire est faible, d’autant plus que le contrat est de 24h par semaine maximum. Cela peut être perçu comme un inconvénient, même si certains le perçoivent comme un avantage. En effet, ce métier est très prenant psychologiquement et épuisant et avoir du temps pour souffler est donc nécessaire. De plus, être AESH n’est pas forcément sécurisant. Il faut avoir validé 3 années de travail (contre 6 auparavant) avant de pouvoir signer un CDI.
Finalement, par ce tableau, nous arrivons déjà à remarquer plusieurs inconvénients du métier d’accompagnants d’élèves en situation de handicap, et nous remarquons également quelques pistes d’améliorations. J’ai donc interrogé les personnes sur les avantages de leurs métiers car ce n’est pas qu’un fardeau, bien au contraire, c’est « le plus beau métier du monde » m’a-t-on dit.
Le métier AESH peut effectivement être perçu comme étant un métier dur mais même s’il ne faut pas baisser la garde et « toujours être face à l’élève » pour éviter de se prendre des coups, ce métier « n’est pas dur car c’est un métier passion. ».
Ce métier est passionnant selon les répondants. Ils se sentent utiles et donc c’est très valorisant. Aider les enfants, les rassurer, partager des bons moments avec eux mais également les soutenir et les porter psychologiquement et physiquement. Ce sont tous ces moments qui sont retenus par les AESH et qui font qu’elles se sentent bien dans leur métier passion, comme elles me l’ont toutes dit.
De plus, il y a également un autre avantage qui est bien plus connu et même parfois critiqué par certains : les vacances. Les vacances sont certes un avantage, mais avant tout une « nécessité ». Être AESH est très fatiguant comme nous avons pu le voir, ces temps de pause sont donc très importants pour se ressourcer et se reposer afin de pouvoir reprendre son travail correctement.
Un autre point relevé est le fait de pouvoir travailler avec les élèves sans avoir les soucis ou les contraintes qui peuvent être liés comme la participation aux conseils de classe ou encore la confrontation avec les parents. En effet, les AESH n’ont pas l’autorisation de voir les parents sans la présence d’un enseignant, car ils sont considérés comme manipulables et peuvent être pris à parti par des parents trop protecteurs. Les AESH et les familles se rencontrent dans le cadre des réunions de suivi obligatoires : réunion AESH-Famille-Enseignant, au moins une fois par an afin de faire un point sur l’enfant, ses besoins et son évolution. En fonction des enfants et de leur évolution personnelle, cette réunion peut avoir lieu tous les trimestres. Les AESH sont également partie prenante de l’Équipe de Suivi de Scolarisation (ESS).
Une AESH me rapporte les propos suivants « un enfant c’est sans condition, ça donne tout, c’est très attachant ». C’est un point très positif pour elle, elle apprécie chaque instant avec ses élèves. Cependant, elle poursuit en expliquant qu’il faut faire attention à ne pas trop materner les enfants, il peut y avoir un peu d’affection mais ça ne doit pas aller plus loin.
Pour conclure, le métier d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) est un choix délibéré : celui de contribuer positivement dans la scolarisation des élèves en situation de handicap et de s’investir avec une grande motivation sans avoir « la boule au ventre ». Il met bien plus en avant la satisfaction personnelle que la gratification financière.
Être AESH, c’est à la fois être polyvalent et apprendre tout le temps, connaître toutes les matières et tous les niveaux, être une « passerelle » ou encore un « caméléon », mais aussi « dénouer les nœuds », rassurer les petits et les grands. Ce métier comporte de nombreux inconvénients, mais il permet de « mettre en lumière [les enfants] », il permet de « les amener vers l’autonomie, les amener vers la vie, leur apprendre à vivre avec le handicap, vivre autrement et mieux. ».
Enfin, pour clôturer cet article, il me semble nécessaire de parler du rôle des enseignants, ou plutôt de leurs rôles. En effet, les enseignants ont aussi de très grands rôles à jouer.
Comme pour chaque élève, ils doivent enseigner différentes notions selon le programme scolaire. Cela peut effectivement s’avérer compliqué si l’élève présente des troubles que l’enseignant ne peut gérer car son rôle n’est pas de gérer les élèves individuellement. C’est dans ce sens que les AESH sont importants.
En parallèle de l’enseignement des cours, les enseignants ont d’autres responsabilités. Ils doivent remplir un dossier assez long et complexe lors d’une réunion d’équipe éducative (REE). Ce dossier GEVA-Sco : Guide d’évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation, a pour objectif de faire l’état des lieux des capacités de l’enfant. Il y a beaucoup de questions où il faut répondre parmi 4 critères et justifier chaque décision afin que l’accompagnement soit le plus juste possible. Les questions peuvent notamment porter sur l’orientation de l’élève dans le temps et dans l’espace, sur son entretien personnel, sa communication, etc. On y retrouve aussi le parcours scolaire de l’élève et son emploi du temps. De nombreux acronymes sont présents et cela peut représenter une difficulté supplémentaire pour l’équipe éducative. En plus des justifications précises, il faut joindre un certain nombre de documents afin d’avoir un dossier très complet.
Lors de cette première réunion pour constituer le dossier de l’élève, plusieurs personnes peuvent être conviées. Il peut notamment être invité les parents ou la famille d’accueil, les enseignants ainsi que l’enseignant référent (c’est celui qui a la charge du suivi AESH d’une année à l’autre afin de définir les besoins futurs de l’élève), l’AESH, des professionnels de la santé ainsi que d’autres professionnels ayant un impact sur le dossier de l’élève. Enfin, le directeur doit également rédiger le compte-rendu de cette réunion.
Chaque année, le dossier GEVA-Sco doit être renouvelé avec l’Équipe de Suivi de Scolarisation (ESS). Cette équipe regroupe l’enseignant, le directeur, les parents, l’AESH, l’enseignant référent, le RASED : Réseau d’Aide Spécialisée aux Enfants en Difficulté, et tous les professionnels, entre autres médicaux, qui s’occupent de l’enfant. Si l’élève est dans la même école et que l’équipe est composée des mêmes personnes que l’année précédente, ce renouvellement peut-être assez « simple ». Cependant, si l’équipe a changé, ou que l’élève n’est plus dans le même établissement pour diverses raisons, il faut à nouveau faire une première demande.
Il y a également bien d’autres formalités de suivi de ces élèves :
- Le PPRE : Programme Personnalisé de Réussite Éducative. Lorsque l’enfant doit changer de classe pour suivre d’autres apprentissages et bénéficier d’un accompagnement pédagogique spécifique, il faut mettre en place le PPRE. Ce programme prévoit des activités pour aider l’élève à acquérir des connaissances. Son mode d’évaluation lui est propre.
- Le PPS : Projet Personnalisé de Scolarisation. Dès qu’un enfant est suivi par la Maison Départementale pour les Personnes Handicapées (MDPH) , le PPS reprend l’emploi du temps de l’enfant et ses besoins.
- Le PAI : Projet d’Accueil Individualisé. Si l’enfant à des besoins thérapeutiques spécifiques précisés par un médecin, le PAI est alors initié. Il définit les ajustements mis en place au sein de l’établissement scolaire ainsi que les traitements médicaux nécessaires à son état de santé.
- Le PAP : Plan d’Accompagnement Personnalisé. Le PAP est destiné aux élèves qui rencontrent des difficultés durables dues à des troubles de l’apprentissage, notamment les enfants avec une pathologie « dys ». Il est revu tous les ans et a pour objectif de définir des mesures pédagogiques permettant à l’élève de suivre les enseignements prévus.
Océane DANCHE